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Littérature/ Bizy la géreuse : Mamadou Labib Traoré explore les fractures derrière les apparences

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Littérature | Trois ans après L’ivresse de l’argent, son premier recueil de nouvelles, le Dr Mamadou Labib Traoré revient sur la scène littéraire avec Bizy la géreuse. Dans ce roman, l’auteur plonge le lecteur dans un univers où réussite sociale, désir, trahison et quête de soi se croisent derrière les apparences.

À Biazoville, ville imaginaire mais familière par les réalités qu’elle renvoie, Bizy mène une existence qui semble, de l’extérieur, parfaitement maîtrisée. Issue d’un milieu aisé et mariée depuis huit ans à l’industriel Drissaba, elle bénéficie d’un confort matériel et d’une certaine influence sociale. Pourtant, derrière cette réussite affichée se cache une insatisfaction profonde.

C’est dans cette faille qu’entre Secreto, un jeune photographe dont la rencontre avec Bizy va bouleverser l’équilibre de son existence. Une relation naît entre eux et entraîne progressivement la jeune femme dans un enchaînement de secrets, de mensonges et de choix dont les conséquences dépasseront largement le cadre de sa vie conjugale.

L’une des particularités du roman réside dans la complexité de ses personnages. Mamadou Labib Traoré ne les enferme pas dans des rôles de victimes ou de coupables. Chacun porte ses blessures, ses contradictions et ses propres responsabilités.

Zakia, l’amie fidèle de Bizy, voit ainsi leur relation se transformer au fil des événements. La confiance laisse progressivement place au ressentiment. Azo Koni, marqué par une histoire douloureuse, agit lui aussi sous le poids d’un passé qui continue de déterminer ses choix. Quant à Drissaba, présenté au départ comme le mari trompé, il dévoile progressivement une personnalité plus nuancée.

Cette construction permet à l’auteur d’éviter les jugements simplistes. Dans Bizy la géreuse, les frontières entre innocence, faute, vengeance et responsabilité restent constamment mouvantes.


Le roman interroge surtout le poids des apparences dans une société où la réussite se mesure souvent à ce qui est visible. Derrière les réceptions, le confort et le statut social, Mamadou Labib Traoré fait apparaître des personnages confrontés à leurs propres frustrations.

La trajectoire de Bizy donne une place particulière à cette question. Femme accomplie en apparence, elle découvre progressivement que le confort et la reconnaissance ne suffisent pas nécessairement à combler les fragilités intérieures.

L’auteur s’intéresse également à l’image et à la manière dont elle participe à la construction de l’identité. Le regard des autres devient ainsi un élément déterminant dans les choix des personnages.

Plutôt que de multiplier les effets dramatiques, Mamadou Labib Traoré privilégie une écriture attentive aux comportements. Les silences, les regards, les hésitations et les non-dits occupent une place importante dans le récit.

Les dialogues ne disent pas toujours tout. Ils laissent souvent apparaître les tensions qui traversent les personnages. Les lieux, notamment la lagune ou encore le quartier des Arts, participent également à cette atmosphère et accompagnent les différents états émotionnels des protagonistes.

La progression du récit rappelle par moments celle d’un thriller psychologique. Les révélations arrivent progressivement et font évoluer la perception que le lecteur peut avoir des personnages. Adultère, manipulation, trahison et mort sont abordés sans recherche excessive de sensationnel.

Au-delà de l’intrigue, Bizy la géreuse pose une question centrale : jusqu’où peut-on aller pour préserver une image, un couple ou une existence construite sur les apparences ?

À mesure que les mensonges s’accumulent, les personnages se retrouvent confrontés à leurs propres choix. La trahison ne produit alors pas seulement des conséquences sur les relations avec les autres ; elle oblige également chacun à se regarder autrement.

Avec ce nouveau roman, Mamadou Labib Traoré poursuit ainsi son exploration de la nature humaine. Après L’ivresse de l’argent, il confirme son intérêt pour les rapports entre ambition, argent, relations sociales et fragilités individuelles.

Bizy la géreuse apparaît finalement comme un récit sur les apparences qui se fissurent et sur les vérités que chacun tente, parfois, de dissimuler à son entourage comme à lui-même.

La préface est signée par Macaire Etty, président honoraire de l’Association des Écrivains de Côte d’Ivoire et figure reconnue des lettres ivoiriennes, distingué notamment par le Grand Prix National Bernard Dadié de Littérature 2024 pour Flamme Éternelle. Une reconnaissance qui vient renforcer la portée de Bizy la géreuse, porté par la caution d’un écrivain plusieurs fois primé, dont le parcours est également couronné d’un doctorat honoris causa de l’université polytechnique Noé de Tiassalé.

Le roman est disponible en librairie depuis ce mercredi 23 septembre 2026, la date de la dédicace sera communiquée ultérieurement.

S.B

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