EXCLUSIF – Procès MUTADAFP ce matin au PPEF d’Abidjan : Gnandé Bloa Abel, la victime collatérale d’un promoteur véreux ?

Gnandé Abel a porté plainte dès qu’il a découvert la supercherie.

Alors que s’ouvre ce mardi matin au Pôle Pénal Économique et Financier d’Abidjan le procès des 4,03 milliards de la mutuelle des Finances, des révélations accablent le promoteur Al Sanogo. Loin du pilleur présumé, le président Gnandé Bloa Abel apparaît comme un maillon manipulé.

 Pendant des mois, l’opinion a eu son coupable tout désigné : le président de la MUTADAFP, GnandéBloa Abel. 800 familles flouées, des terrains à Bingerville et Grand-Bassam qui n’appartiennent à personne ou qui n’existent pas du tout, 4,03 milliards envolés. Le raccourci était facile. Et pourtant, le dossier d’instruction consulté à la veille de l’audience raconte une mécanique bien plus perverse.

 Des présents pour mieux ferrer

D’après plusieurs sources proches du dossier, SanogoMoustapha, patron de la société AL SANOGO, n’a pas lésiné sur les moyens. Pour convaincre GnandéBloa Abel de ratisser large parmi les agents du ministère, il aurait arrosé le président de mutuelle de cadeaux et de petites attentions. Et lui qui n’a semble-t-il pas vite fleuré le danger a mordu à l’hameçon des ristournes et commissions.

Une méthode d’approche bien huilée. Pendant que le président démarchait ses collègues et les souscripteurs étrangers au ministère de l’économie et des finances en toute confiance, le promoteur, lui, savait. Il savait que les parcelles d’Akouai-Agban, d’Elokaté et de Motobé étaient déjà litigieuses, revendiquées par la société KHADRIS et par un certain Akpalé Digbeu Aimé. L’agenda caché semblait d’encaisser vite, avant que le château de cartes ne s’effondre.

 Le réflexe qui change tout : le notaire

C’est là que la thèse de l’escroquerie ou de la complicité à l’escroquerie s’effondre. Un escroc qui veut détourner 4 milliards ne s’encombre pas d’un notaire. Gnandé Bloa Abel, lui, n’a fait que ça.

Dès juillet 2020, il s’attache les services de l’étude de Me Armand Guillaume Boa, via Me Béhè AkpaBénédicte, pour verrouiller juridiquement chaque achat. En conséquence chaque collecte auprès des souscripteurs, même si elle est passée par lui, a systématiquement été reversée et actée devant notaire. De 2020 à 2023, pas un virement sans la présence et le visa de l’étude.

Mieux, jusqu’en février 2024, c’est cette même étude qui certifie par écrit que les titres fonciers 235 060 d’Alobé et 2052 d’Alépé sont propres. Qui aurait douté après une telle caution ?

Le lanceur d’alerte, pas le fuyard

Le voile tombe quand AL SANOGO réclame 3,5 millions de plus par souscripteur pour une prétendue viabilisation. Gnandé tique, refuse et contre-attaque. Il saisit son propre conseil, le cabinet Dohora Bledé, et un commissaire de justice. Leur enquête confirme ses craintes : les terrains ne sont pas à eux.

Que fait alors un coupable ? Il fuit. Que fait GnandéBloa Abel ? Le  premier à franchir les portes de la Police Économique et du PPEF pour déposer plainte contre AL SANOGO et contre l’étude notariale pour escroquerie présumée. Bien avant que le collectif des 800 victimes ne se constitue.

Ce matin à la barre, les juges du PPEF n’auront donc pas à juger un homme qui s’est caché. Ils auront à juger un président de mutuelle qui a encaissé à visage découvert, qui a payé à visage découvert devant l’officier ministériel, et qui, dès qu’il a compris qu’on l’avait abusé, a été le premier à dénoncer ceux qui lui avaient offert des cadeaux pour mieux le piéger.

 Jacques Gossan

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