Côte d’Ivoire / Souveraineté alimentaire : l’INTERPRu veut faire de l’élevage local un levier stratégique de développement

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Ce jeudi 21 mai 2026, l’Université Nangui Abrogoua a servi de cadre au premier panel d’échanges et de sensibilisation organisé par l’Organisation Interprofessionnelle Agricole des Ruminants de Côte d’Ivoire (INTERPRu), autour du thème : « Développement inclusif de l’élevage local pour une souveraineté alimentaire durable ».

Cette rencontre a réuni chercheurs, éleveurs, vétérinaires, représentants institutionnels et organisations professionnelles autour d’un objectif commun : repenser l’avenir de l’élevage local afin d’en faire un véritable moteur de souveraineté alimentaire et de croissance économique.

Au cœur des échanges, un constat préoccupant : malgré un important potentiel humain, géographique et naturel, la Côte d’Ivoire continue de dépendre fortement des importations pour couvrir sa consommation en viande, avec plus de 50 % des besoins nationaux encore satisfaits par l’extérieur.


Représentant la présidente de l’université, le Professeur Karamoko Yahaya, vice-président chargé de la recherche, a estimé que cette situation constitue un défi structurel auquel les universités ivoiriennes doivent pleinement contribuer. Il a souligné que le pays dispose de ressources scientifiques et humaines suffisantes pour développer une filière performante, capable à terme d’exporter des petits ruminants.

Prenant la parole au nom du ministre des Ressources animales et halieutiques, le Docteur vétérinaire Kanga Kouassi a rappelé que l’élevage local représente aujourd’hui une priorité stratégique pour l’État ivoirien, notamment face à la forte demande nationale observée durant les périodes de grande consommation comme la Tabaski. Il a salué la reconnaissance officielle de l’INTERPRu, intervenue le 12 mars 2025, y voyant une étape majeure dans la structuration de la filière des petits ruminants.


L’organisation affiche une ambition claire : couvrir d’ici 2030 près de 70 % des besoins nationaux en protéines d’origine caprine et ovine, tout en respectant les standards internationaux de qualité.

Pour son président, le Général Gaoussou Soumahoro, l’enjeu dépasse la seule question de production. Il s’agit de structurer, moderniser et développer durablement la filière en créant davantage d’opportunités économiques pour les jeunes et les femmes. Il a rappelé que trois interprofessions structurent désormais la filière viande en Côte d’Ivoire, l’INTERPRu étant spécifiquement dédiée aux petits ruminants.

La présidente du comité d’organisation, Mme Louvel Yao N’Dri, a insisté sur la nécessité d’inscrire cette dynamique dans une vision de long terme. Selon elle, la souveraineté alimentaire ne peut être atteinte sans politiques cohérentes, investissements structurants, renforcement des capacités et solidarité entre les différents acteurs du secteur. Elle a plaidé pour que l’élevage soit désormais considéré comme un secteur stratégique de transformation économique.


Le directeur scientifique du panel, le Professeur Kimsé Moussa, a pour sa part souligné l’importance d’une synergie entre recherche scientifique, administration et producteurs. À ses yeux, aucun développement durable de la filière ne peut être envisagé sans une collaboration étroite entre ces trois piliers.

Les différents panélistes ont également mis en lumière plusieurs axes prioritaires pour la reconstruction de la filière. La formation professionnelle a occupé une place centrale dans les débats. Représentant l’AGEFOP, Mme Rosine a présenté les programmes de formation déployés dans plusieurs régions du pays afin de rapprocher les compétences disponibles des besoins réels du marché.

Le Professeur Tuo a plaidé pour une modernisation profonde des pratiques d’élevage, fondée sur la stabulation, la production planifiée de fourrage, la sélection génétique et le suivi des performances animales. Selon lui, la maîtrise de chaque maillon de la chaîne de valeur constitue la clé d’une filière économiquement viable et compétitive.

De son côté, le Dr Komara Moussa a rappelé que la dépendance ivoirienne vis-à-vis des importations de bétail s’inscrit dans un héritage historique remontant à l’époque coloniale. Il a toutefois estimé que cette situation n’est pas une fatalité, appelant à une recherche scientifique davantage connectée aux réalités des producteurs et aux enjeux environnementaux.

Au-delà des analyses et recommandations, ce premier panel a surtout permis de poser les bases d’un cadre permanent de concertation entre universités, pouvoirs publics, organisations professionnelles et acteurs de terrain.


À travers cette initiative, l’INTERPRu affiche sa volonté de faire de l’élevage local un pilier stratégique du développement national, capable non seulement de renforcer la souveraineté alimentaire de la Côte d’Ivoire, mais aussi de créer de la richesse, des emplois et de nouvelles perspectives économiques pour les populations rurales.
S.B

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