
Lancée ce mercredi 15 avril 2026 au centre sportif et culturel ivoiro-coréen Alassane Ouattara d’Adjamé, la 5e édition du festival Kalamon Yépafori promet de marquer un tournant. Prévue du 30 avril au 2 mai à Kalamon et Doropo, cette édition place l’agriculture durable et le patrimoine culturel au cœur d’une ambition claire : faire du festival un véritable outil de développement rural.
Il y a des cérémonies de lancement qui ressemblent à de simples formalités. Celle-ci était tout l’inverse. Dès les premières notes des tambours lobi et koulango, le centre sportif et culturel ivoiro-coréen Alassane Ouattara d’Adjamé a vibré aux couleurs du Bounkani. En danses traditionnelles, en gestes précieux, en regards tournés vers l’avenir sans rien renier du passé.

Avant même les premiers discours, un retour en images sur l’édition précédente a saisi l’assistance. L’an dernier, Kalamon Yépafori ne s’était pas contenté de faire la fête : plus de 150 forages, des campagnes de dépistage, des actions médico-sociales, du repeuplement écologique, et un soutien concret aux groupements de femmes et de jeunes. Autant de vies transformées. Une manière de dire que, dans ce festival, la ferveur ne s’évapore pas dans la poussière des rues : elle devient forage, santé, dignité.

C’est sur cette dynamique que Charles Kondé a pris la parole. La voix posée, le regard reconnaissant, il a d’abord salué la mobilisation : « Votre présence nous touche sincèrement et nous encourage à aller plus loin dans cette belle aventure. » Puis il a tenu à remercier les autorités, les partenaires, et toutes celles et ceux qui, de près ou de loin, font grandir cet événement. « Kalamon Yépafori, ce n’est pas seulement un événement. C’est un moment de partage, de retrouvailles. C’est l’occasion de montrer ce que le Bounkani a de plus beau, d’authentique et de prometteur. »
Cette année, promet-il, le programme sera encore plus riche, pensé pour tous : enfants, jeunes, femmes, populations. Avec un accent particulier sur la culture, l’agriculture et le développement local. Côté artistique, les amateurs de coupé-décalé ne seront pas déçus : Serge Beynaud, DJ Léo et d’autres grandes voix sont attendus.

Avant de conclure, Monsieur Kondé a lancé un appel solennel aux médias : « Vous êtes nos partenaires essentiels. Nous comptons sur vous pour que cette édition rayonne dans toute la région. »
Le ton a ensuite changé de registre. Hien Sansan Ludovic, commissaire général du festival et Directeur des transports et de la mobilité urbaine du District autonome d’Abidjan, a d’abord tenu à rendre hommage au ministre-gouverneur Cissé Ibrahima Bacongo : « Sa confiance est pour nous une source et un catalyseur d’excellence. »
Puis, il a invité à une rétrospective nécessaire. « La quatrième édition ne fut pas seulement une célébration. Elle fut une démonstration de force et de fraternité. » Il a égrené les réalisations comme on énumère des preuves : forages, dépistages, actions médico-sociales, repeuplement écologique, soutien aux femmes et aux jeunes. « Ces années ne sont pas des chiffres. Ce sont des vies transformées. C’est une cohésion sociale solidifiée. »
Vient ensuite l’annonce centrale de cette 5e édition, dont le thème s’impose comme un manifeste : « Le patrimoine culturel, l’agriculture durable, piliers de la souveraineté alimentaire et du développement rural dans le Bounkani. » « Nous ne nous contentons plus de célébrer notre identité, a martelé le commissaire général. Nous voulons faire de notre culture le moteur de notre autonomie économique. », a-t-il souligné.
– Les assises économiques et agricoles : innovation, systèmes d’implication modèles, promotion des commerces de proximité et des produits locaux.
– Les pays culturels et scientifiques : concours de danses ancestrales, dialogues entre traditions et modernité.
– Le rassemblement par le sport : activités fédératrices pour une jeunesse placée sous le signe du dépassement et de la fraternité.
« Plus qu’un festival, Kalamon Yépafori devient un instrument structurant du développement local, un pont entre notre héritage et notre avenir. »

Dernière intervention, et sans doute poignante. Ouattara Yaya, président des jeunes de Kalamon, a pris la parole avec une gravité douce. Il a d’abord appuyé l’appel à l’accompagnement lancé par le commissaire général : « Le frère a besoin de moyens pour aider la jeunesse. Aujourd’hui, on parle d’employabilité. Lui, il met les bases. Si la presse et les partenaires jouent le jeu, il pourra vraiment agir. »
Puis il est descendu dans le réel, celui des journées sans eau, des femmes épuisées, des jeunes ralentis. « Dans la sous-préfecture de Kalamon, avant ce festival, nos parents et nous-mêmes avions un souci majeur : comment aider nos femmes à avoir de l’eau ? La recherche de l’eau nous prenait tout notre temps. »
« Depuis le festival, plusieurs localités ont été dotées de forages. Aujourd’hui, au lieu de s’inquiéter pour l’approvisionnement, notre jeunesse peut se lever le matin et vaquer à ses occupations. », a-t-il ajouté.

Un témoignage simple, presque têtu, qui dit mieux qu’un long discours ce que Kalamon Yépafori change concrètement. Avant de conclure par un appel : « Au nom de la jeunesse et de tout le département du Bounkani, nous sollicitons tous les accompagnements possibles pour que ce festival continue de grandir et de transformer nos vies. »

La cérémonie s’est achevée comme elle avait commencé : dans un souffle de danses et de promesses tenaces. Rendez-vous est pris, du 30 avril au 2 mai, entre Kalamon et Doropo. Pour voir naître, peut-être, une nouvelle manière de faire festival : où la culture ne se regarde pas, elle irrigue. Où la fête devient forage. Où le Bounkani, fièrement, montre le chemin.
S.B